Nourrir Paris : une expo qui ne mange pas de pain !

Norbert Gœneutte, La soupe du matin. Distribution de la soupe aux pauvres à la porte du restaurant Brébant, 1880 (musée d’Orsay).

Voici la seconde expo gastronomique ou à propos culinaire de la bibliothèque parisienne Forney dans le 4e arrondissement, la première étant chroniquée ici. Autant dire que nous sommes habitués aux petits bijoux de cette belle institution, bijoux certes modestes, mais tout à fait convainquant pour le sujet, loin des sphères du musée de l’Homme et de son exposition du moment « Je mange donc je suis » déjà expliquée ici. Il est assez remarquable que deux expositions parisiennes s’expriment sur le sujet de l’alimentation au même moment. Cela me semble, si je ne me trompe, une première.

Le sujet de l’alimentation des Parisiens a été abondamment traité et est une sorte de marronnier depuis les années 1960 dans les universités parisiennes marc-blochiennes. Nous ne reviendrons que peu sur le sujet, si ce n’est pour dire que Paris fût la plus grande capitale européenne au début de l’Ancien Régime, même si elle fut dépassée par Londres dans les premières années du XVIIe siècle totalisant 600 000 habitants en 1790 pour 950 00 pour la capitale anglaise à cette époque. Paris atteint le million d’habitants en pleine révolution industrielle dans les années 1840, alors que le pouvoir central et municipal tend à libéraliser les marchés. Ce résultat fît qu’elle fût aussi par voie de conséquence la plus grande mangeuse de l’Europe. Ce détail est aussi à l’origine de l’invention des restaurants, de la critique et des premiers guides gastronomiques (lire mes articles à ce sujet ici)… Il n’y a donc pas de hasard et Paris, en ce tout début de  XIXe siècle, allait peu un peu s’imposer comme capitale gastronomique incontournable.

Jardins ouvriers aux portes de Paris. Photographie d’Albert Harlingue (1879-1964). Tirage au gélatino-bromure d’argent. Entre 1901 et 1950. Paris, musée Carnavalet.

La faim justifie les moyens

Idéalement placé au cœur du Bassin parisien dans la fertile vallée de la Seine, Paris est autosuffisant dès le Moyen Âge, objet d’une attention constante du pouvoir royal. Au début du XVe siècle, 4000 moutons, 750 bovins, 800 porcs y seront abattus chaque semaine. Les nombreux jardins maraîchers et fruitiers médiévaux du centre ville, quoique ayant entièrement disparus depuis le Moyen Âge, sont encore perceptibles aujourd’hui dans le parcellaire en lanières de certains quartiers. Ils seront peu à peu éloignés du centre urbain du fait de la pression foncière, des progrès des voies de circulation et de la révolution ferroviaire, atteignant les faubourgs derrière les « fortifs », puis la petite et grande banlieue dans l’entre-deux-guerres.

Léon et Lévy, Les Halles à 6h du matin, Paris, vers 1895.

Un ventre et quel ventre !

« Fort à la farine ». Photographie de Paul Géniaux (1873-1914). Paris, musée Carnavalet.

Dans la continuité du marché médiéval créé sous Louis VI le Gros en 1137, l’aménagement des Halles centrales sous Napoléon III constitue un événement majeur de l’histoire parisienne. Les produits frais comme le poisson (la marée), les produits laitiers et la viande se démocratisent alors. Le carreau des Halles devient le « ventre de Paris » baptisé et décrit minutieusement par Émile Zola dans le roman éponyme publié en 1873. Le gros est vendu pendant la nuit et le détail n’est disponible qu’au petit matin. Mais les Halles centrales ne sont pas que le seul marché de la capitale qui en compte une trentaine de fixes répartis dans la ville, dont une vingtaine sont aujourd’hui détruits. Le plus ancien encore en place est le marché d’Aligre (1843), toujours assez florissant dans le 12e arrondissement. Peu à peu, l’éloignement des zones de productions et des points de vente – dont les Halles centrales détruites en 1970 au profit de Rungis à 17 km de la capitale – amènera peu à peu les Parisiens à se détacher des choses de la campagne, de leur alimentation aussi jusqu’à un certain retour d’intérêt il y a à peine quelques années. Figures singulières depuis le Moyen Âge, Les Forts des Halles, ces fiers manutentionnaires aux viriles moustaches et larges chapeaux renforcés pour supporter leurs charges, disparaissent définitivement du paysage parisien (voir photo ci-contre).

Divisée en 3 parties autour des thèmes de l’approvisionnement, des Halles centrales et des lieux de consommation, l’exposition « Nourrir Paris » recèle de bien belles surprises à la bibliothèque Forney jusqu’au 1er février prochain. À découvrir sans attendre…


Je vous propose une visite guidée de cette exposition très riche :

Le samedi 18 janvier 2020 à 11h00

« Nourrir Paris » / visite de l’exposition à la bibliothèque Forney

Bibliothèque Forney – 1, rue du Figuier 75004 Paris (M° Pont Marie ou Saint Paul)

Tarif : 15 € (exposition gratuite)

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