L’Auberge d’Estelle Lagarde

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Qui dort dîne © Estelle Lagarde – Agence Révélateur

Estelle Lagarde photographie comme elle respire. Presque palpable, l’air du temps « à rebours » façon Huysmans, ou Man Ray-Marcel Duchamp dans Élevage de poussière en 1920, inonde ses clichés comme une révélation impromptue d’une sensibilité toute féminine. Une simple auberge de village réinvestie le temps d’une longue maturation et d’un shooting de quatre ans entre 2011 et 2014, presque un clignement de paupières, l’instant d’un songe éveillé, qui hésite parfois avec le cauchemar. Ceux qui auront connu les années 1960 et 1970 se souviendront peut-être avec émoi des sempiternelles nappes et papiers peints à fleurs des pensions de famille, des odeurs de soupe ou de friture dans la salle à manger dès sept heures du soir, des bruits d’assiettes ou de plonge de « leur » auberge. Une brume de souvenirs ressurgit donc ici, dans la dernière série d’Estelle Lagarde présentée dès demain à la galerie Samy Kinge dans le 7e arrondissement de Paris. Avec doigté, subtilité, sensualité et parfois un léger brin de provocation surréaliste, Estelle Lagarde réussit à nous raconter une histoire ou plutôt des tranches d’histoires.

Tout cela se passe réellement en Corrèze, dans un coin franchement paumé et remonte à loin. Tellement loin, que l’hôtel-restaurant, l’« Auberge » dont on ne connaît même pas le nom a fermé ses portes depuis fort longtemps sans changer ou presque d’aspect. Seuls quelques héritiers entretiennent de temps à autre le souvenir en venant réoccuper les lieux le temps d’une fête familiale. Le décor immobile et immuable est resté – celui des années 50 d’origine. L’enseigne est tombée, sans parler des menus du jour d’un autre temps inscrits à l’ardoise.

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À l’italienne © Estelle Lagarde – Agence Révélateur

Passant du noir et blanc de ses débuts avec quelques similitudes instantanées avec le travail de Francesca Woodman à la couleur, au hasard de ses découvertes de lieux désaffectés, Estelle Lagarde a gardé l’œil sur quelques souvenirs d’enfance.

« Contrairement à mon travail dans d’autres lieux chargés comme le milieu industriel (Lundi Matin), l’hôpital (NDA : La Traversée Imprévue) ou l’univers carcéral (Maison d’arrêt) à ma dernière exposition, j’ai choisi ici une auberge de village, un espace beaucoup plus riant ! L’hôtel-restaurant de mon enfance était resté dans son jus et j’avais très envie de traiter le rapport avec la nourriture dans la salle de restaurant et l’intime avec les chambres de l’étage. Comme souvent dans mon travail, les personnages sont plus des prétextes pour mettre en valeur les lieux. J’avais aussi envie de traiter en images des expressions populaires comme « La cerise sur le gâteau », « Qui dort dîne », etc. tout en restant très ludique. Je voulais enfin traiter notre relation parfois ambiguë avec l’alimentation en créant un décalage assez absurde ou provocateur ».

Frontalité, intimisme, promiscuité un brin dérangeante, vitrage sans tain pour nous retrouver à l’envers du décor, les images d’Estelle Lagarde claquent comme des ondes dans notre mémoire la plus profonde.

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La Côte de bœuf © Estelle Lagarde – Agence Révélateur


Exposition « L’Auberge » d’Estelle Lagarde

Du 17 septembre au 3 octobre 2015

Galerie Samy Kinge

54, rue de Verneuil 75007 Paris

Du mardi au samedi, de 14h à 19h

«L’Auberge» sera présentée à la

Mathilde Hatzenberger Gallery à Bruxelles

du 21 novembre au 19 décembre 2015

ww.estellelagarde.com

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L’Auberge (le livre), publié par La Manufacture de l’Image

27 photographies accompagnées de textes, poèmes ou aphorismes signés Liza Kerivel, Estelle Lagarde, Christophe Lambert et Alain (Georges) Leduc. Préface de Marie Deparis-Yafil. 64 pages / septembre 2015

Prix : 27 €

 

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