Dis-moi ce que tu jettes, je te dirai qui tu es !

En pleine période d’austérité et de serrements répétés de ceinture budgétaire, les économies ont la cote, surtout dans les ministères et auprès des commissions européennes… Paru ce mois-ci, un petit livre tout bête intitulé La grande (sur-) bouffe – Pour en finir avec le gaspillage alimentaire signé Bruno Lhoste vient nous interpeller et tire la sonnette d’alarme sur notre facilité à nous, Occidentaux, de jeter l’argent par les fenêtres… 

Bien qu’assez éloignée de de nos préoccupations habituelles, la question des déchets alimentaires est comme la face obscure de la gastronomie, mais elle l’éclaire en même temps. Quelques chiffres effarants pour commencer : en France, tout au long de la chaîne de production, du champ à l’assiette, le gaspillage alimentaire représenterait 260 kg par personne et par an, soit près du tiers de ce que nous consommons réellement… Cela pèserait à l’échelle mondiale selon la FAO pas loin de 1,3 milliard de tonnes par an ! La France produit actuellement, c’est-à-dire met sur le marché, près de 180 % de la nourriture dont la population a réellement besoin. Chiffre assez incroyable et qui fait froid dans le dos ! Les produits les plus concernés par le gaspillage sont, chez nous, les pommes de terre, les « fruits et légumes » au sens large, et enfin, les céréales. 

 

Rungis, section des  » fruits et légumes « , un des secteurs les plus gaspillés de notre alimentation.

À qui la faute ? Cet ouvrage nous éclaire d’une manière fort opportune sur les arcanes des filières agro-alimentaires, leurs seuils de  rentabilité, et surtout sur la chaîne alimentaire, très complexe et difficilement compréhensible pour le commun des mortels, de la production aux réseaux de distribution et aux lobbies industriels qui dictent notre comportement alimentaire largement relayés par les médias officiels et amateurs. 

 


Mais revenons à nos assiettes. Il y a peu de cela, j’étais invité à participer à une commission des menus de cantines scolaires de mon arrondissement parisien, comme parent d’élève et aussi comme journaliste. Je fus effaré d’apprendre qu’il fallait mieux servir à la cantine aux enfants durant le déjeuner des hamburgers et de la sauce ketchup qu’un poisson frais et des légumes, pour la simple raison qu’il y aurait moins de déchets et donc moins de pertes, et pas seulement pour des raisons économiques… Comment peut-on affirmer une telle chose ? Affaire de goûts et d’éducation familiale certes, mais surtout affaire de lobbying encore une fois. Qui cuisine aujourd’hui ? En vérité très peu, et contrairement à ce que l’on pourrait penser, notre alimentation quotidienne repose largement sur les produits finis ou semi-finis, le facteur temps étant la principale contrainte de la préparation culinaire journalière, avant les raisons économiques. 
Pour information, j’attends toujours le feu vert de la société Scolarest qui livre les repas des cantines de mon secteur – sans la nommer… – pour faire un petit reportage sur ce que nos enfants mangent chaque midi, sans succès… Fin de non-recevoir. Scolarest, 40 000 repas servis par jour en France dans les cantines de nos écoles françaises, appartient au groupe américain Compass, leader mondial de la restauration sous contrat avec 4 milliards de repas servis par an dans plus de 50 pays… Vous me suivez ?

Ce témoignage tout personnel éclaire notre livre.

Comme l’affirme l’auteur, « les déchets sont la part obscure de notre société de consommation. Il est trop facile de ne pas s’en inquiéter ».

Réapprendre les goûts essentiels des produits frais, souvent d’un prix équivalent voire inférieur aux produits manufacturés de notre puissante industrie agro-alimentaire, serait la solution à un comportement responsable et surtout garantirait, peut-être, la santé de nos enfants, la sauvegarde de notre économie, le plaisir des choses simples et tellement variées dont notre gastronomie quotidienne, souvent éloignée de celle des chefs étoilés et des coups de pub, a aujourd’hui cruellement  et fondamentalement besoin. Cuisinons donc ensemble dès aujourd’hui pour notre bien quotidien le plus cher ! 


La grande (sur-) bouffe par Bruno Lhoste, Éditions Rue de l’Échiquier, 91 pages.

Prix : 5 € (actuellement dans toutes les bonnes librairies)

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