Photo culinaire : les œufs dans le même panier ?

Vue hier soir : la poubelle Ovetto : designer Gianluca Soldi, 2009.

Inauguration hier soir du Festival International de Photographie Culinaire (FIPC) en présence des membres du jury – dont le très caustique et savoureux Claude Lebey, du parrain de l’opération Pierre Gagnaire et du président Jean-Pierre Stéphan qui se défend sans compter depuis la création du festival il y a 4 ans. Pendant 17 jours, l’évènement sera relayé dans de nombreuses galeries parisiennes, des écoles, dont l’école de l’image des Gobelins en partenariat avec l’école Grégoire Ferrandi  autour du thème de l’œuf, un beau sujet faisant suite à celui de la « street food » l’année dernière et aux légumes il y a deux ans. Si l’on ne peux que saluer ce genre d’initiative qui met à l’honneur le travail des photographes liés aux métiers de bouche, l’on est pourtant en droit de se poser la question, au vu des œuvres dévoilées hier soir, de savoir où va la « photographie culinaire », à mi-chemin entre photo de pub et photo d’art… 

 

Le lieu d’exposition tout d’abord. Les 150 photographies réunies hier soir, œuvres de 50 photographes sélectionnés au festival, sont présentées à l’Espace Mobalpa à une encablure de la gare de Lyon. Ce lieu est avant tout un lieu de vente de cuisines à Paris et on rêverait mieux comme espace d’exposition… 

 

Le choix des œuvres maintenant. Sur les 150 photos présentées, je me suis amusé à compter celles ayant une relation directe avec la cuisine et le domaine du « mangeable » – je pense notamment aux merveilleux « poussins morts et cuits dans leur jaune » de la bien connue Margaret Skinner vus hier soir… Surprise ! Je tombe à 37, c’est-à-dire le quart seulement des œuvres présentées ! Bien sûr, la photo de studio a toujours été un truc de photographe. Toutes les photos, sans exception, présentées ici sont des photos de studio ! Je pose la question : les photographes « culinaires » sont-ils seulement des as de la technique, de la prise de vue type « grand format » ou « chambre », souvent des cas d’école, et des montages spectaculaires ? La cuisine a, elle, encore aujourd’hui, cela de rassurant qu’elle nous fait vivre tous les jours, au sens strict du terme, et qu’il ne faut pas beaucoup pour nous donner envie de ce que nous mangeons ou pas. On peut faire beau et simple, en cuisine comme en photo, non ? 

 
 

J’irai même un peu plus loin si cela est possible… Désincarner et styliser à l’extrême un plat, une assiette, un produit, à travers une photo, aussi belle et esthétique soit-elle, contrarie et risque surtout de rebuter le profane. Pour moi, la photo « culinaire » quitte sa fonction première et devient alors photo de pub ou photo d’art, ce qui n’a rien à voir avec le propos. Il y a là encore confusion des genres me semble-t-il… Une photo de pub n’est ni une photo d’illustration, ni (et encore moins) une photo d’art qui, en revanche, a le droit lui, d’être « culinaire » sans en avoir le nom… 

 
 

Pour conclure et terminer ce long billet sur une note plus optimiste, nous tenions à saluer ici le travail de quelques artistes qui nous ont particulièrement impressionnés hier soir (ce n’est que mon palmarès personnel cela va de soi !) : Antony Cottarel, Jean-Michel Fouquet, mon amie Virginie Garnier, Émilie Gentils, la désormais incontournable Mathilde de l’Ecotais, Francesca Mantovani, Aline Princet et Kevin Thornton

 

Non, la photo culinaire n’est pas morte, elle se cherche, c’est tout… 

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