L’énigme de la rue Le Bec

J‘en avais tellement entendu parler depuis son ouverture il y a un peu plus d’un an : avec 4 millions d’euros investis, la « rue Le Bec » à Lyon est financièrement un des projets les plus « gourmands » de ces dernières années. Je pensais être étonné par une cuisine inventive, simple, de brasserie certes, mais respectueuse des règles de l’art, surtout pour un chef doublement étoilé depuis 2007, ancien de chez Jean-Pierre Vigato, Alain Passard, des frères Pourcel et rival affiché sur ses terres de M. Paul (Bocuse). J’avais aussi hâte de découvrir un lieu nouveau dans une des grandes capitales gastronomiques de notre territoire, mais…

Si le slogan de Nicolas Le Bec pour son restaurant « tendance-nouveau-concept » est « La rue Le Bec, elle ne se trouve sur aucun plan, mais tout le monde la connaît… », je dois dire qu’il a réussi ! Après avoir longuement hésité sur le chemin à prendre, j’arrive enfin au Port Rambaud, vaste espace entièrement occupés de bureaux en béton aux couleurs multicolores. Dans ce no man’s land futuriste à peine construit et déjà daté (en bon Parisien, on hésite entre la chaleur et la convivialité du quartier de Tolbiac ou celui de la Défense), j’ai peine à imaginer une bonne adresse, mais pourquoi pas ?

 

À l’arrivée, un doute vous prend. Le peu de lumière filtrant à travers les stores des vitres me laisse à penser que la rue Le Bec est fermée en ce 12 novembre. Mais non, la rue Le Bec est bien ouverte ! Branché… Le lieu l’est assurément (les anciennes salines du port réaménagées sur 2000 m!), mais on ne sait pas trop où mettre les pieds. Où aller dans ce hall et quoi manger (il n’y a pas de carte affichée) ? Une hôtesse à oreillette m’aperçoit enfin et me demande si je suis pressé car l’attente va être longue et que l’on peut être servi assez vite au « Bistro asiatique ». J’insiste pour le restaurant… Accueil moyen s’il en est… surtout au moment de poser ses fesses sur des chaises de jardin inconfortables en plastique blanc. L’atmosphère est plutôt « lyonnaise », presque confidentielle, entre copains ou en famille…

 

La carte, qui  reprend le nom des différentes boutiques de « la rue », laisse perplexe au début, mais on s’y fait (hormis la boîte de sardines « Belle-îloise » vendue 10 euros en entrée !). Pas de menu, mais un plat du jour que je m’empresse de prendre : une « andouillette sauce marchand de vin ». L’entrée est honorable, fraîche et sans chichis, franche et honnête, gourmande : un pied de veau sauce ravigote et céleri rémoulade. Mais l’andouillette qui suit déçoit en bloc. On redescend vite sur terre avec la sauce « marchand de vin » qui fait penser à une mauvaise sauce barbecue de grande surface et le cœur de salade cru coupé en deux, arrosé d’une pauvre vinaigrette au goût bien convenu, l’ensemble tirant sur la restauration rapide… Le dessert, un baba au rhum accompagné de sa crème fouettée aux amandes grillées est très acceptable, bien convivial dans son petit bocal rac étiquetté « Le bec », une vraie marque de fabrique on dirait…

En allant faire un tour entre deux plats aux boutiques, je ne vois nulle trace du marché annoncé, pas de produits frais, pas de fruits et légumes choisis, aucun poisson rutilant à l’horizon, des caisses de vaisselle de porcelaine à vendre vides… Je fais un tour vers le chai, vide lui aussi… Comme « lieu de vie dédié aux produits » dixit Le Bec, on repassera. Un peu plus haut du côté de la rôtisserie, j’aperçois de dos le chef qui apostrophe vertement un de ses seconds en cuisine… Surprenant de voir un chef opérer ainsi en salle devant les clients… Voici l’inconvénient des open space à la mode des grandes entreprises…
Après un arrêt obligatoire aux toilettes qui distillent en boucle sur un fond de musique de fanfare (de rue) des « wilkommen, huān yíng guāng lín, welcome at rue Le Bec », je ressens comme un léger malaise… Un petit détour dans la petite épicerie (« de dépannage » m’explique poliment l’employée) remplie de Yop et autres produits de grande distribution avant de foncer dans la boulangerie gourmande d’en face. Je reste de plus en plus perplexe devant les fraises Tagada et autres bonbons vendus dans des boîtes « Le Bec »…


Rue Le Bec

43, quai Rambaud
69002 Lyon

Tél : (33) 4.78.92.87.87

Carte : de 22 à 43 €

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