L’appel de la mer

Œil de rouget grondin : achat parisien. Ultra frais.

Il y a presque trois mois, j’avais publié un post sur ce que manger veut dire. Aujourd’hui, voilà un autre sujet qui me tient à cœur. Il y a des sujets qui sont centraux et capitaux. Celui-ci en est un. Cette semaine, du 18 au 24 février, débute la 3e édition de la semaine de la pêche responsable organisée par le Marine Stewardship Council (MSC), un organisme à but non lucratif créé en 1997, et l’Aquaculture Stewardship Council (ASC), un autre organisme mondial créé, lui, pour l’aquaculture en 2010. L’électrochoc débute au début des années 1990 (c’est hier) lorsque les stocks de morue exploités au large de Terre-Neuve par des pêcheurs canadiens, français, basques, espagnols et portugais s’effondrent. Nous avions déjà consacré un article entier intitulé « L’or blanc perdu des Terre-neuvas » à cette question du cabillaud et de ses stocks entièrement menacés dans un article curieusement très peu lu alors. Il est temps de se rattraper…

Un avenir bien sombre

Nous savons tous que l’avenir de nos mers est menacé, alors que celles-ci couvrent plus de 70 % de la surface terrestre… Et c’est un Breton qui vous parle. Quant à la faune et à la flore qui y vivent, nous savons aussi qu’elles sont en large péril. Chaque semaine, quand vient l’heure de faire mon marché et que je vois les étals rutilants, je me pose très sincèrement la question de savoir combien de temps cela va-t-il durer ? En plus des produits, devenus chers et pour cause, je me pose aussi la question des hommes derrière ce monde maritime, des modestes pêcheurs encore raisonnables aux poissonniers, jusqu’aux consommateurs. Pour combien de temps ? J’ai aussi le souvenir des poissonneries de mon enfance en Bretagne, nombreuses, et aussi à Paris à la fin des années 1980. Nous en sommes bien loin et en l’espace d’à peine trois à quatre décennies, question étals rutilants, les poissons sont devenus d’insipides filets, des montagnes de filets de cabillaud, saumon, merlu et autre flétan et julienne. Ici, il ne sera plus jamais question de voir les ouïes ou les yeux du poisson (d’où la photo d’ouverture), sa tenue sur la glace, pour savoir ce qu’il est et ce qu’il a été. Aujourd’hui, plus de 80% des poissons vendus en France sont importés en dehors de ses zones de pêche (source France Agrimer). Qui reconnaît la fraîcheur du poisson au premier coup d’œil ? Moi et quelques autres (car j’ai un peu grandi là dedans), mais pour combien de temps ? Pour la déco, les poissons entiers sont encore là, parfois, essentiellement du poisson d’élevage comme l’on sait. Les ventes reposant essentiellement sur les filets – car, nous le disons, les gens ne savent plus cuire un poisson -, les restes des ventes de poissons entiers iront bien sûr chez le restaurateur du coin qui n’a pas su s’approvisionner comme il aurait fallu (je parle pour Paris et les grandes villes)… L’autre possibilité est d’aller dans les grandes maisons irréprochables où les prix s’envoleront inexorablement… La question est donc de savoir : pouvons-nous encore manger du poisson ? Triste constat d’expérience et de riches conversations avec certains professionnels du centre de Paris. Voilà où nous en sommes. Quelques chiffres clés ensuite pour compléter le tableau, sans parler des enfants qui croient encore que les poisson panés naissent carrés ou déjà panés, où les deux ensemble… Avec 90 millions de tonnes de poissons pêchés chaque année, 33 % des stocks mondiaux sont surexploités et 59 % sont exploités au niveau durable maximal. Cela ne peut pas durer. En bon gastronome si vous lisez ce site, vous savez sans doute comme moi que l’aquaculture, quoi qu’en progrès de qualité avec des labels bio de plus en plus nombreux, ne pourra jamais valoir une pêche sauvage, qui devient un vrai luxe pour le consommateur. C’est une affaire de prix bien sûr et aussi de goût. Je n’ai personnellement plus mangé de daurade depuis de longues années, ni de truites, suis très tatillon sur le saumon, et j’en passe ayant été échaudé plusieurs fois par des poissonniers menteurs et voleurs, sur des marchés de frais pourtant. Je n’achète jamais en grande surface malgré le débit affolant. D’après moi, aucun label fut-il cosigné de Marine Stewardship Council (MSC) ou de l’Aquaculture Stewardship Council ne pourra remplacer une pêche sauvage tracée et connue, comme une pêche d’autrefois où nous connaissions le prénom de la vendeuse et de son mari de pêcheur. Aujourd’hui, j’achète mon poisson toutes les semaines chez un petit pêcheur qui vient livrer à Paris les restaurateurs. Qualité irréprochable, prix plus que raisonnables. Voilà. C’est dit.

RV à l’Aquarium de la Porte Dorée

Ce qui me semble important, ce n’est pas notre génération et les précédentes qui avons connu une certaine abondance non contrôlée et non comprise, mais bien les suivantes. Adultes, nos enfants ne mangerons jamais plus ce que nous avons et pouvons encore manger aujourd’hui. Cela est certain et sans aucune contestation possible. C’est bien cela qui est le plus important. Il faudra bien (et c’est ce que je fais à ma modeste échelle) leur expliquer que ce monde des poissons, ce monde de la mer, cet univers si sauvage et si central pour notre planète est en train de mourir. D’où la nécessité de sensibiliser nos chères têtes blondes…

Mardi prochain à Paris dans le cadre de cette semaine de la pêche responsable , l’Aquarium tropical de la Porte Dorée propose une conférence qui semble bien passionnante sur ce sujet brûlant. Le week-end du 23 et 24 février sera suivi de nombreuses activités et animations qu’il faudra suivre, enfants et adultes compris. Éducation et sensibilisation. Cela est une affaire d’avenir et de goût. De bon goût… pour nous tous. De conscience enfin. Bonne et mauvaise.


Aquarium tropical

19, 23 et 24 février 2019

Palais de la Porte Dorée
293, avenue Daumesnil
75012 Paris

M° : Porte dorée

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