La Thaïlande par le menu

© Photo : Anne Coppin

Voilà sorti dans sa propre maison d’édition Umai mercredi dernier le deuxième opus que l’on attendait depuis deux ans, signé par la très aventurière et amie Anne Coppin : Food Trotter Thaïlande. Contrairement à son précédent ouvrage Happy World Food d’octobre 2016, il ne s’agit pas ici d’un énième livre de recettes, mais bien d’un guide culinaire de voyage où l’auteure signe d’abord ici son amour pour la cuisine et la culture thaï toute entière. Le premier d’une belle collection qui ira bientôt vers le Vietnam. Une affaire à suivre de près.

« J’ai voulu donner envie de prendre son billet pour Bangkok et de découvrir ce pays unique aux influences culturelles et culinaires si diverses. L’angle de la gastronomie est un prétexte pour parler de la culture et de l’histoire si riche de la Thaïlande En cherchant de bonnes adresses à l’étranger, ce sont toujours les mêmes adresses qui ressortent. J’ai voulu ici donner d’autres clés pour aborder ce pays. L’obsolescence des guides est tellement forte qu’il m’a semblé important de faire comprendre le pays avant tout. Il est important de se débrouiller seul(e), de s’immerger et surtout de se projeter avant de faire le grand saut. C’est avant tout une affaire de préparation et d’attente. Un voyage ne se réalise que si l’on s’y prépare. »

Avant de partir à l’aventure à l’écart des grands flots touristiques dans les petites ruelles ou les petits chemins de traverse, sachez reconnaître les bons produits sur les marchés, avoir l’œil exercé pour repérer l’adresse qui saura vous faire chavirer le palais, les sens en émoi, avoir du nez pour les bons plans locaux. Tout un programme !

« La Thaïlande est la première grande destination de voyage que j’ai réalisée quand j’avais 12 ans. J’y suis retournée cinq à six fois depuis, sans jamais me lasser et avec toujours autant de plaisir. Une grande histoire d’amour est ainsi née il y a longtemps entre la cuisine thaïlandaise et moi. »

© Photo : Anne Coppin

Une cuisine sur le fil

Bangkok demeure l’épicentre culturel et gastronomique incontournable du pays bien sûr. Selon Anne Coppin, « la cuisine thaï est avant tout une cuisine d’équilibre. Le soin apporté à l’harmonie du goût y est exceptionnel. Les épices, en particulier le piment, y sont omniprésentes, mais toujours avec gourmandise. C’est avant tout une cuisine de générosité avec subtilité ». La cuisine joue en effet sur l’harmonie des 5 saveurs du salé, du sucré, de l’acide – tamarin et citron, de l’amer et du pimenté, le curry thaï étant le résumé symbolique de l’équilibre de ces saveurs. La richesse et l’originalité de la cuisine thaïe s’explique peut-être par le fait que le pays ait été le seul d’Asie du Sud-Est à n’avoir jamais été colonisé par une puissance étrangère occidentale ? En revanche, le long passé commercial entre la Chine, le Vietnam et l’Inde, éclaire les multiples influences de sa cuisine. Saviez-vous par exemple que ce sont les Portugais qui y introduisirent le piment venu d’Amérique du Sud en 1511 ? L’influence malaisienne et indonésienne se fait sentir au sud alors qu’au nord, dans ce pays étiré longitudinalement sur plus de 1700 km, c’est l’empreinte birmane qui prédomine.

© Photo : Anne Coppin

« Street food » avant la lettre

Bien avant l’invention du très marketing et bien récent street food en Occident, l’Asie a montré la voie à la cuisine de rue. La Thaïlande en ce sens a toujours été un modèle du genre.

« Ce qui peut définir la cuisine thaïlandaise est la cuisine de rue. Les femmes elles-mêmes s’y consacrent et y consomment, qu’elles soient femmes au foyer ou en activité. Elles vont et reviennent avec leurs petits sachets et cela est très courant socialement. Le repas du matin en particulier est souvent pris dans la rue. C’est ce qui fait le côté social et convivial de la cuisine thaï, sans distinction de classes. Pour moi, on ne retrouve nullle part ce règne de la cuisine de rue, même en Chine, et surtout pas au Japon. »

Question cuisine(s) de rue, Anne dresse un panorama des plats incontournable à goûter impérativement : beignets soufflés, nems thaïs, beignets de poisson, feuilletés au curry, raviolis, rouleaux de printemps thaïs, bananes et patates douces frites, gâteaux à la ciboulette, crêpes-dôme à la crème de coco, poulet grillé, saucisses grillées à la citronnelle, viandes séchées ou poulet et poissons frits, et j’en passe, de quoi se régaler jusqu’au Nirvana à l’heure de votre dernière réincarnation et sans retour possible…

Voilà donc un petit livre bien mené et bien intelligent qui sort de l’ordinaire comme vous l’aurez compris. Car le voyage n’est pas simplement qu’une affaire de déplacement, mais bien une question quasi existentielle de la projection de soi dans l’Autre et avec Lui. Totalement et en toute humilité bien sûr.

L’ailleurs est d’abord en soi pourrait-on dire ?


Food Trotter Thaïlande par Anne Coppin , éditions Umai, 374 pages.

Parution : 16 mai 2018

Prix : 12 €

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