Essentielle lavande

Sous un soleil de plomb en ce 27 août, le vieil alambic des années 70 de la marque « Eysseric », le même qu’utilisent certains distillateurs pour produire de l’huile essentielle d’ylang-ylang à l’île Maurice, Madagascar ou Mayotte, ou pour l’essence de géranium à la Réunion, fonctionne à plein régime. Une épaisse fumée âcre, camphrée, s’élève, presque immobile, de l’unique cheminée de la distillerie d’Éric Garcin, le dernier distillateur de lavande dans le département des Bouches-du-Rhône…

« Avec cet outil, on peut distiller toutes les plantes aromatiques possibles de la région : lavande, lavandin, thym, romarin, origan ou sarriette, mais je me consacre surtout à la lavande et au lavandin. Aujourd’hui, nous distillons pour la dernière fois de la saison le lavandin des alentours. La lavande, quant à elle, se récolte de fin juin à début juillet. La récolte estivale de lavandin peut être suivie de la lavande aspic qui est une lavande croissant à l’état naturel dans la garrigue ».

Le climat d’une altitude de basse montagne allant de 250 à 400 m, avec des nuits très fraîches, a permis la survie de la lavande dite « fine » dans le secteur. Le pays de Sault, le pied du Ventoux, poursuivent la culture de la lavande, avec la Drôme provençale et la vallée du Jabron en Haute-Provence, alors que le plateau de Valensole s’est spécialisé peu à peu dans la culture et la distillation de lavandin.

Champs de lavandin à la fin juillet.

« Moi, j’ai grandi ici et mon père était déjà dans le métier. C’est lui qui a perpétué cette culture et moi, je n’ai fait que continuer le travail ».

Éric Garcin possède en propre une vingtaine d’hectares de lavandin et 5 hectares de lavande « fine ». Il produit environ 5 tonnes par an suivant les années, pour une cinquantaine d’hectares récoltés entre lui et les différents propriétaires des environs. « Je ne travaille pas pour l’industrie, mais fabrique à mon compte et distribue mes produits en boutique, tout en proposant un peu d’huile d’olive de mes oliveraies ».

Une chaleur éprouvante quand brûlent les bottes de lavande distillées.

À l’origine en Provence et avant le procédé de distillation à la vapeur comme ici, les distillateurs, souvent de simples bergers, infusaient simplement la lavande dans de l’eau bouillante et récupéraient les huiles essentielles en surface…

« L’on se sert aujourd’hui des lavandes déjà distillées comme combustible pour faire chauffer la cuve d’eau qui servira à la distillation des lavandes fraîches, le reste étant mis en compost et étalé dans les oliveraies comme fertilisant ou utilisé en paille de lavande comme isolant dans le bâtiment, une innovation assez récente. Rien ne se perd donc ! »

La vapeur d’eau se charge sous 300 g de pression pendant une demi heure des précieux cristaux de lavande ou de lavandin, l’huile essentielle, avant d’être refroidie dans un serpentin qui circule dans de l’eau froide sous pression. Il ne reste plus qu’à séparer l’huile en surface de l’hydrolat ou eau de lavande. Pour 3 mètres cubes de lavandin, à chaque distillation, on obtient 10 litres d’huile essentielle de lavandin, une des plantes aromatiques qui fournit le plus d’huile essentielle.

 

L’huile essentielle et l’hydrolat sont refroidis dans le serpentin.

« Ici à Jouques, nous sommes un peu un anachronisme dans les Bouches-du-Rhône, jouant de notre mixité entre culture de lavande «  fine « et lavandin. Il faut dire que cette culture était très présente jusque dans les années 70 et compte tenu de différents facteurs notamment de la fluctuation des cours des marchés et des possibilités qu’offre la terre de faire d’autres cultures comme les céréales, les cultures maraîchères ou la vigne, les producteurs de lavande et les distilleries ont commencé à péricliter peu à peu ».

 

Eric Garcin montre fièrement l’huile essentielle de lavandin sortant du distillateur.

Des images et un parfum amenés à disparaître ici, au pied de la Sainte-Victoire en plein Pays d’Aix ? Pour l’instant, Éric Garcin garde la tête froide, tout en sachant que la concurrence est de plus en plus rude, en particulier face aux huiles essentielles de lavande produites en Chine et dans les Pays de l’Est, dont principalement la Bulgarie, mais aussi face à une bactérie transmise par un insecte, la cicadelle… Triste constat, la France vient en effet de perdre cette année son rang de premier producteur mondial de lavande. La culture du lavandin reste en revanche, pour l’instant, prospère au pays de Daudet…

 

L’huile essentielle, en fait, beaucoup d’huile de coude aussi pour tasser les bottes aux pieds !

 


Moulin Saint-Vincent – Éric Garcin

Chemin de la Grenouillère

13490 Jouques
Tél. : 04.42.63.75.35

2 Responses to “Essentielle lavande”

  1. Hola hola aquí desde la Argentina nosotros estamos por instalar un destilador….Espero que nos vaya bien saludos Rafael

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