Domaine de Charron : l’armagnac sauvage !

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1995. Au moment où Paul-Emile Victor l’Inuit et Gilles Deleuze le métaphysicien rejoignent les étoiles, le Domaine de Charron sort son dixième millésime. Année marquée par la mirabelle et la prune pour cet armagnac hors-concours marqué au fer rouge d’un zèbre au galop, clin d’œil malicieux au maillot rayé des rugbymen du stade landais montois…

Vingt ans plus tard, je découvre stupéfait le Domaine de Charron, grâce à mon ami gersois de la dive bouteille d’armagnac Éric Sendra, un de ces élixirs longs en bouche dont on se souvient longtemps. D’après Alexandre Vingtier, un de nos jeunes maîtres spiritueux du moment contacté à l’occasion, ce nectar « s’assimilerait presque à un whisky américain dans sa nature sauvage 100 % baco ». Commercialisé depuis à peine plus d’un an, cet armagnac qui « décoiffe », titré entre 47 et 51°, alors que la plupart des armagnacs traditionnels atteignent seulement les 40°, est pourtant disponible dans des millésimes anciens vieux de plus de 20 ans d’âge… Mais d’où vient cet OBNI (objet à boire non identifié) des spiritueux ?

Jean-Philippe_balayLCAVSituée dans les Landes à Perquie, cette propriété vinicole familiale encore modeste ne couvre que trois hectares, les vignes les plus anciennes ayant plus de soixante ans. À l’origine, la vocation du domaine n’était pas l’armagnac, mais le vin blanc produit pour la coopérative comme me l’explique Jean-Philippe Balay, cogérant du domaine :

« Le nom « Domaine de Charron » vient d’une bâtisse appelée en occitan « Aou Charroun », « Au charron » en français. Cela a été l’origine du nom de notre armagnac. Ici, pas de château à l’horizon… Mon beau-père a décidé, il y a trente ans, de se consacrer à l’armagnac. Pur produit du Sud-Ouest, rugbyman devant l’éternel, il s’est lancé dans l’aventure avec passion. L’armagnac n’a que très peu été le seul produit des vignes dans cette région des Landes, le vin étant traditionnellement réservé à la production locale et aux apports de vins à la région cognacaise, venant ainsi compléter la distillation de cognac. On distille sur le domaine depuis 1985. Production confidentielle, cela a permis de garder en chais tous les millésimes depuis cette première année de distillation. Ce n’est que depuis un peu plus d’un an qu’on commercialise les millésimes à partir de l’année 1986, tout en sachant qu’un armagnac ne peut être commercialisé qu’après dix ans de cuve ».

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Le mil-lé-si-me et rien d’autre

Plus confidentiel que le cognac qui reste dominé par deux ou trois grandes maisons, l’armagnac est en plein devenir. En pays d’Armagnac, les 350 producteurs – dont plus de 80 rien que dans les Landes – restent modestes à l’échelle de leurs exploitations, d’un demi hectare à quelques centaines pour les plus gros producteurs. Les 20 000 ha de vignes plantées en baco blanc, folle blanche et ugni blanc produisent en moyenne 13 000 hectolitres d’eau de vie par an. 70 % des produits commercialisés proviennent d’assemblages d’eau de vie de plusieurs origines et de différentes années de récolte. L’exception dans le domaine des spiritueux réside dans le fait que l’armagnac de prix, celui qui est recherché par les connaisseurs, est la bouteille millésimée. Le domaine de Charron en fait heureusement partie.

« Nous ne recherchons pas la régularité dans chaque millésime, mais préférons jouer la carte de la pluralité, chaque année étant bien spécifique. Chaque millésime est une pièce unique. Le lissage des assemblages est moins intéressant pour nous. Pour l’instant, la spécificité de chaque millésime joue ainsi la carte de l’originalité. Certains de nos clients de longue date restent ainsi fidèles à un seul millésime sur plusieurs années…  ».

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Jeunes plants de vigne baco devant de vieilles vignes.

Qui connait le baco ?

Aujourd’hui, le Domaine de Charron est un des rares producteurs de la région à produire un armagnac issu de vignes pur baco, un cépage résistant qui a failli disparaître en 2010, condamné sans appel par l’Inao – l’Institut national de l’Origine et de la Qualité, né il y a 80 ans. Le cépage a été créé au début du siècle par un instituteur, François Baco (1865-1947), pour protéger du phylloxéra la production d’armagnac à partir de 1936.

« C’est le seul cépage hybride à avoir été valorisé d’une AOC par l’armagnac… C’est un cépage devenu indissociable de cette eau-de-vie, qui fait des vins de distillation sublime et vieillit très bien tout en apportant de la rondeur et du gras. Nous n’avons pas arraché nos vignes et nous avons bien fait… Très résistant, il demande moins de soin que les autres cépages comme la folle blanche, qui demande plus de traitements phytosanitaires » témoigne Jean-Philippe Balay.

Le Domaine de Charron est planté sur le terroir de prédilection du baco, étant sur un terrain de sables dits « fauves ». Le baco revient en force, la preuve : Castarède, la plus ancienne maison d’armagnac fondée en 1832 vient pour la première fois l’année dernière de planter du baco… Un signe ?

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Photo © Jean-Philippe Balay.

Juste un secret…

La distillation dure 24h/24h sur environ quatre à cinq jours, à raison de deux fûts par jour. Le chais est situé à Villeneuve-de-Marsan à 4 kilomètres des vignes…

 « Nous avons acheté notre alambic il y a trois ans, ce dernier datant d’avant la dernière Guerre mondiale. Avant, c’était des distillateurs ambulants qui passaient au domaine. Cela nous a permis de faire la distillation avec le même alambic, ce qui garantit la continuité de la qualité ».

Ensuite ? Que des fûts neufs en chêne français ! Et pas n’importe lesquels… Ceux de la maison Gilles Bartholomo, 4e génération de tonneliers installée au domaine d’Ognoas à Le Frèche (Landes), le dernier tonnelier des Landes… C’est ce chêne pédonculé de la région, chauffé et noirci, qui donnera le bouquet irrésistible à l’armagnac et garantira chaque année son long vieillissement dans des fûts de 410 à 420 litres de contenance.

Du grand, du très grand bas-armagnac  à goûter de toute urgence !


Domaine de Charron

Jusqu’à présent, vous pouvez acheter en ligne cet armagnac d’exception chez :

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